Compartiment 6 de Rosa Liksom et Drive my car de Haruki Murakami, récompensés à Cannes

Le film Compartiment 6 de Juho Kuosmanen, adaptation du roman éponyme de Rosa Liksom publié en folio, reçoit le Grand prix du jury du festival de Cannes. 
Le prix du scénario est décerné à Drive my car, adaptation d'une nouvelle de Haruki Murakami (in Des Hommes sans femmes, publié chez Belfond).

Voici le début de Compartiment 6.

Moscou se recroquevillait dans le froid sec d’un soir de mars, se protégeant du contact du soleil couchant, rouge et glacé. La jeune femme monta dans le dernier wagon, en queue du train, chercha son compartiment, le no 6, et respira profondément. Il y avait quatre couchettes, dont les deux du haut étaient repliées, avec entre elles une petite table ornée d’une nappe blanche et d’un vase en plastique contenant un œillet en papier rose décoloré par le temps ; le porte-bagages, à la tête des lits, débordait de gros ballots noués à la va-vite. Elle fourra la vieille valise sans prétention que lui avait donnée Zakhar dans le coffre en métal situé sous l’étroite et dure couchette, et jeta sur cette dernière son petit sac à dos. Au premier coup de la cloche de gare, elle alla s’accouder à la fenêtre du couloir. Elle respira le parfum du train, l’odeur laissée par le fer, la poussière de charbon, les dizaines de villes et les milliers de gens. Les voyageurs et leurs accompagnateurs se frayaient un passage derrière elle, la bousculant de leurs colis. Elle toucha la vitre froide de la main et regarda le quai. Ce train l’emmènerait à travers les villages peuplés de proscrits et les villes ouvertes ou fermées de Sibérie jusqu’à la capitale de la Mongolie, Oulan-Bator.

Au deuxième coup de cloche, elle vit arriver un homme vigoureux, aux oreilles en feuille de chou, vêtu d’une veste matelassée noire comme en portaient les ouvriers et d’une chapka blanche en hermine, ainsi qu’une belle femme brune et un adolescent qui ne la quittait pas d’une semelle. La mère et le fils, après lui avoir dit au revoir, partirent bras dessus, bras dessous vers le bâtiment de la gare. Le regard rivé au sol, l’homme tourna le dos au vent glacé, pinça une Belomorkanal, la porta à ses lèvres, l’alluma et la téta un moment avec avidité, écrasa son mégot sous sa semelle et resta là, debout, à grelotter. Au troisième coup de cloche, il sauta dans le train. La jeune femme le regarda s’éloigner dans le couloir d’un pas chaloupé, priant pour qu’il n’aille pas dans son compartiment. Vain espoir.

Après avoir hésité un instant, elle regagna sa place et s’assit sur sa couchette, face à l’homme qu’entourait un halo de froid. Ils restèrent silencieux, lui la dévisageant d’un air renfrogné, elle fixant, indécise, l’œillet en papier. Quand le train s’ébranla, le Quatuor à cordes no 8 de Chostakovitch jaillit des haut-parleurs en plastique du compartiment et du couloir.

Et ainsi s’éloigne la Moscou hivernale, ville bleu acier réchauffée par le soleil du soir. 

  • Compartiment n° 6

    Rosa Liksom

    En gare de Moscou, une jeune Finlandaise s'installe dans le train qui la mènera à travers la Sibérie, puis la Mongolie, jusqu'à la ville mythique d'Oulan-Bator. C'est avec Mitka qu'elle aurait dû réaliser son rêve, mais la voici seule dans ce compartiment n° 6, prête à traverser l'Union soviétique pour rallier les portes de l'Asie. Quelques instants avant le départ, un homme la rejoint et s'installe finalement face à elle. Vadim Nikolaïevitch Ivanov est une véritable brute qui s'épanche sur les pires détails de sa vie, sans jamais cesser de boire.

    La jeune femme regarde défiler les paysages enneigés qui se répètent et se déclinent à l'infini. Alors que les villes ouvrières se succèdent, l'atmosphère du compartiment n° 6 s'alourdit à mesure que l'intimité disparaît. Les repas se partagent, de même que les angoisses et les violentes pulsions du grand Russe. Si la jeune femme se réfugie dans ses souvenirs pour ne pas céder à la peur, ces deux êtres que tout oppose rentreront à jamais changés de ce long voyage.

  • Neuf ans après Saules aveugles, femme endormie, le retour d'Haruki Murakami à la forme courte. Dans ce recueil comme un clin d'oeil à Hemingway, des hommes cherchent des femmes qui les abandonnent ou qui sont sur le point de le faire. Musique, solitude, rêve et mélancolie, le maître au sommet de son art.
    " À ce que je sais, votre épouse était vraiment une femme merveilleuse [...] vous devez vous sentir reconnaissant d'avoir vécu presque vingt ans auprès d'une femme comme elle. Je le crois profondément. Néanmoins, vous aurez beau penser que vous avez compris quelqu'un, que vous l'avez aimé, il n'en reste pas moins impossible de voir au plus profond de son coeur. Vous aurez pu vous y efforcer, mais vous n'aurez réussi qu'à vous faire du mal. Vous ne pouvez voir qu'au fond de votre propre coeur, et encore, seulement si vous le voulez vraiment, et si vous faites l'effort d'y parvenir. En fin de compte, notre seule prérogative est d'arriver à nous mettre d'accord avec nous-même, honnêtement, intelligemment. Si nous voulons vraiment voir l'autre, nous n'avons d'autre moyen que de plonger en nous-même. Telle est ma conviction. "

  • La colonelle

    Rosa Liksom

    'Je suis née en un temps de haine.
    Je suis devenue femme en un temps de haine et de vengeance.'
    Une nuit, une vie. Désormais une femme âgée, la Colonelle se souvient de sa propre histoire au cours d'une nuit. Son père et son milieu ont fait d'elle une jeune fille impliquée dans les cercles nationalistes ; son mari, le Colonel, a fait d'elle une nazie fi nlandaise. Il avait trente ans de plus qu'elle et, très vite, leur relation et leur mariage ont été marqués par la passion et la violence.
    Avec La Colonelle, Rosa Liksom livre le portrait d'une femme complexe, à la fois libérée sexuellement et ouverte aux tendances les plus autoritaires, à la fois soumise à son mari et sujette à de véritables extases dans la nature. Dans un style âpre et lumineux, c'est l'histoire d'une femme qui, très tôt, a perdu le contrôle de son avenir. C'est le destin d'une femme emblématique de l'histoire de la Finlande, pays forcé de combattre à la fois la Russie et le Troisième Reich. Que peut-on pardonner? Et combien de fois peut-on recommencer sa vie?

  • La fin des temps

    Haruki Murakami

    • Belfond
    • 7 Novembre 2019

    Quand on est brusquement jeté dans les ténèbres totales sans y être préparé, on perd tous ses moyens pendant un moment.Couronné par le prestigieux prix Tanizaki,
    La Fin des temps est le quatrième roman de Haruki Murakami, où se mêlent délicieusement deux mondes entre réel et merveilleux, le " Pays des merveilles sans merci " et la " Fin du monde "...
    La redécouverte événement de l'un des chefs-d'oeuvre du maître de la littérature japonaise !

  • La fin des temps

    Haruki Murakami

    • Lizzie
    • 12 Novembre 2020

    Un roman qui concentre à lui seul tout le réalisme magique de Haruki Murakami.Dans une petite cité spectrale vivent des gens privés d'ombre et de sentiments. Parmi eux, un nouveau venu a pour tâche de lire les " vieux rêves " dans des crânes de licornes, attrapant des fragments de mémoire d'une autre vie, d'une autre dimension. En parallèle, dans un Tokyo futur, ascétique et déshumanisé, un homme est entraîné par un scientifique dans une dangereuse expérience qui le fera plonger dans les sous-sols de la ville, animés de créature monstrueuses. Est-ce là que se trouve la clé de l'énigme ? La solution du mystère qui lie ces deux mondes ?
    La Fin des temps est le quatrième roman de Haruki Murakami, où se mêlent délicieusement, avec humour et poésie, deux mondes entre réel et merveilleux, le " Pays des merveilles sans merci " et la " Fin du monde "...

  • Kafka sur le rivage

    Haruki Murakami

    • Belfond
    • 25 Août 2011

    Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d'initiation ou se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur, la richesse de Haruki Murakami. Une oeuvre majeure qui s'inscrit parmi les plus grands romans d'apprentissage de la littérature. Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d'esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et encore bien d'autres choses... Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

  • Danse, danse, danse

    Haruki Murakami

    • Belfond
    • 7 Novembre 2019

    Quelque part, quelqu'un verse des larmes pour moi." Cet ouvrage, commencé le 17 décembre 1987 et achevé le 24 mars 1988, est mon sixième roman. Le héros qui s'exprime à la première personne est fondamentalement le même que celui de
    La Course au mouton sauvage et d'
    Écoute le chant du vent suivi de
    Flipper, 1973. "
    Haruki Murakami
    Londres, 24 mars 1988 La redécouverte événement de l'un des chefs-d'oeuvre du maître de la littérature japonaise !

  • Errer sans but sur le grand continent du hasard est une autre possibilité qui nous est laissée.Après
    Écoute le chant du vent suivi de
    Flipper, 1973, publié chez Belfond,
    La Course au mouton sauvage clôt la fameuse " trilogie du Rat ".
    La redécouverte événement de l'un des chefs-d'oeuvre du maître de la littérature japonaise !

empty